Enquêtes

Faire naître pour tuer - Enquête en maternité porcine suisse

Publié le 1 juin 2026

Produire de la viande implique d’abord de faire naître des animaux, et de les faire naître à la chaîne. Inséminations artificielles forcées et grossesses à répétition, enfermement, coups, cadavres de porcelets gisant au milieu des vivants, mutilations systématiques: les maternités porcines reposent sur l’exploitation continue des truies, réduites à des machines à enfanter, et de leurs bébés, que l'on fait naître pour les tuer.


Ces images, tournées en 2026 dans une maternité porcine du canton de Vaud (Suisse) aux normes SST/SRPA, soit «élevage particulièrement respectueux des animaux» et présentées par le chroniqueur et humoriste Guillaume Meurice, documentent le fonctionnement quotidien de cette exploitation, qui planifie et impose la mise au monde de plusieurs milliers de porcelets par an.

L’Observatoire du spécisme saisit la justice et lance une pétition demandant la fermeture définitive de cette exploitation et l'interdiction de détenir des animaux à ses propriétaires.

La violence des maternités porcines est rigoureusement orchestrée.

Le bâtiment carcéral est pensé pour organiser toute la vie des truies. Des cages à peine plus grandes que leur corps, où tout retournement est impossible, pour l’insémination artificielle. Un enclos pour la grossesse, un autre pour l’accouchement et l’allaitement. Puis le cycle recommence: à peine les petits sevrés, les truies sont de nouveau inséminées. Une usine à bébés.

Sélectionnées génétiquement pour produire toujours plus, elles donnent naissance en moyenne à treize porcelets par portée, en moyenne cinq fois en deux ans. Ce rythme effréné est largement encadré par des traitements hormonaux, utilisés pour synchroniser les cycles de reproduction et planifier les inséminations. La vie entière des truies est réduite à leur fertilité, au cœur d’une gestion planifiée et standardisée. À l’âge de 3 ans, après environ cinq cycles, elles sont envoyées à l’abattoir.

Les porcelets, nés sur un sol en béton, sont manipulés avec brutalité dès leurs premiers jours. Les mutilations sont systématiques: leurs dents sont meulées sans anesthésie et les mâles sont castrés à la chaîne. 

La mort fait partie intégrante de la gestion de l'exploitation. Les porcelets jugés chétifs sont tués. Chaque jour des cadavres sont évacués ou gisent au milieu des vivants.

Au-delà de cette violence quotidienne, les images documentent également des sévices graves. Une truie est tabassée de 22 coups de pelle, avec une telle violence que le manche se brise sur son dos. Les coups de pied sont banals. Un porcelet est saisi par les pattes arrière, fracassé contre le sol en béton, puis laissé à l’agonie.

Cette maternité est labellisée «élevage particulièrement respectueux des animaux». Elle appartient à la famille Annen, dont six exploitations ont déjà été mises en cause à de multiples reprises en 2016-2017. À la suite de cette affaire, cet élevage a pourtant été érigé en élevage modèle par les médias. Un tel décalage révèle le fossé entre les représentations publiques de l’élevage et sa réalité brutale. L’élevage repose sur des pratiques structurellement incompatibles avec la notion de respect: même dans sa version dite «modèle», la violence en reste une condition intrinsèque.

Insémination. La chaîne de la viande commence par les naissances. Enfermées dans des cages exiguës ou des enclos, les truies subissent toute leur vie inséminations forcées et grossesses à répétition. Sélectionnées génétiquement pour produire toujours plus, elles sont réduites à des machines à enfanter.

Manipulations brutales. Nés sur du béton, les bébés sont manipulés avec brutalité dès leurs premiers jours. Ils vivent avec leur mère en enclos, sans jamais voir le ciel, avant d'être envoyés à l'engraissement.

Tabassage. Une truie est tabassée de 22 coups de pelle, avec une telle violence que le manche se brise sur son dos. Les porcelets qui sont jugés trop faibles sont tués: celui-ci se fait fracturer le crâne contre le sol, puis est laissé à l’agonie. La violence est intégrée au quotidien, normalisée.

Mutilations. Les mutilations sont systématiques: les dents de tous les porcelets sont meulées sans anesthésie, et ils sont castrés à la chaîne.

Morts. Dans de telles conditions, mourir en élevage est la norme. Chaque jour, des cadavres de porcelets sont évacués ou gisent parmi les vivants. Des truies meurent aussi chaque mois dans la maternité.

PÉTITION ABOUTIE AVEC 27'211 SIGNATURES EN DEUX SEMAINES

// UPDATE // La récolte de signatures s’est terminée le 15 juin 2026 sur un total de 27'211 signatures (cumul des paraphes récoltés sur cette page et sur la version de la plateforme MyPetition).

Merci pour votre soutien massif! Prochaine étape: la pétition sera remise au Grand Conseil le 16 juin 2026.

PÉTITION - Pour fermer définitivement l’exploitation Annen

À l’attention du Grand Conseil du Canton de Vaud.

Une enquête vidéo de l'Observatoire du spécisme révèle, en juin 2026, le fonctionnement quotidien d'une maternité porcine du canton de Vaud SST/SRPA, soit «élevage particulièrement respectueux des animaux». Les truies y sont forcées à faire naître, au total, plusieurs milliers de porcelets par an, qui sont ensuite transférés dans un bâtiment adjacent pour l'engraissement avant leur mise à mort à l'abattoir.

À la violence quotidienne d'une maternité porcine (meulage systématique des dents des porcelets sans anesthésie, mise à mort des porcelets chétifs, cages, inséminations artificielles forcées, grossesses à répétition, traitements hormonaux, portées toujours plus importantes, cadavres de porcelets au milieu des vivants) s'ajoutent des sévices graves, parmi lesquels:

  • Une truie tabassée de 22 coups de pelle, avec une telle violence que le manche se brise sur son dos.
  • Un porcelet tué par claquage: saisi par les pattes arrière, frappé violemment contre le sol en béton, puis laissé à l’agonie (une pratique interdite par la loi du fait des douleurs majeures qu'elle engendre[1] ).
  • De nombreux coups de pied sur les truies.

D'autres illégalités sont également documentées.

Le bâtiment de la maternité appartient à Jean-Pierre Annen; le bâtiment d'engraissement adjacent à Daniel Annen. Six exploitations de la famille Annen ont déjà été mises en cause en 2016-2017, aboutissant à la cessation des activités d'élevage de feu Willy Annen. À la suite de ce scandale, un communiqué annonçait que «L’entreprise de la famille Annen est consciente de l’importance du confort et du bien-être des animaux». Dix ans plus tard, c'est le septième élevage de la famille Annen où des sévices graves sont révélés.


Il est urgent que cette situation cesse, et qu'il ne puisse y avoir de huitième fois. En signant cette pétition, je demande au Grand Conseil du Canton de Vaud de prendre les mesures nécessaires pour la fermeture définitive de cette exploitation porcine et l'interdiction de détenir des animaux à ses propriétaires, Jean-Pierre et Daniel Annen.

Face à l’urgence, il est indispensable d’agir.

Cochons noir blanc We Animals

Julia et un de ses bébés, Farm Sanctuary, 2012. Crédit photo Jo-Anne McArthur / We Animals.


NOTRE ENQUÊTE A DE L'IMPACT

Historique des faits

1er JUIN 2026 - L’OBSERVATOIRE DU SPÉCISME PUBLIE L’ENQUÊTE

La page du site web est mise en ligne, et la vidéo présentée par le chroniqueur Guillaume Meurice est publiée sur tous les médias et réseaux sociaux de l’Observatoire du spécisme (YouTube, Instagram, Facebook, Mastodon, Bluesky et TikTok).

Une pétition adressée au Grand Conseil vaudois est lancée conjointement, demandant la fermeture définitive de l’exploitation Annen et l’interdiction de détenir des animaux pour Daniel et Jean-Pierre Annen.

L’Observatoire du spécisme saisit la justice et fait une dénonciation pénale au Ministère public d'arrondissement du Nord vaudois. Le vétérinaire cantonal Giovanni Peduto réagit aux images dans le 19h30 de la RTS. Il constate des infractions et annonce que l’État de Vaud ouvre une procédure. Il reconnaît que ce type d’agissements échappe aux contrôles effectués par les autorités sanitaires.

L’enquête est reprise par tous les médias d'envergure, dont Blick, Watson, RTS info, 24 Heures, et plusieurs médias en Suisse allemande et au Tessin.

Daniel Annen, l’exploitant de la maternité, et Jacques Berroche, responsable de l’élevage, ne contestent pas les images et évoquent le comportement inapproprié d’un collaborateur. Au-delà de «gestes déplacés», les autres images seraient «normales pour un élevage de porcs».

2 JUIN 2026 - LES RÉACTIONS S’AMPLIFIENT

Le relai médiatique continue avec l’apparition de l’enquête dans la version papier de 24 Heures, du Temps, du Courrier ou encore de La Liberté. Le compte Instagram de RTS Info réalise une vidéo avec les images de l’enquête, comptabilisant rapidement plus de 200’000 vues. Le téléjournal de la SRF consacre également un long format à l’enquête.

«Profondément choquée par ces images», la ministre de l’Agriculture Valérie Dittli annonce que les premières auditions ont déjà commencé. Des interdictions de détenir des animaux pourraient être prononcées contre les personnes responsables, et les infractions dénoncées aux autorités pénales compétentes.

Adrian Schütz, directeur adjoint de Suisseporcs (faîtière de la filière), condamne les faits de violence, mais évoque un cas isolé. Selon lui, 99.9% des éleveurs respecteraient la LPA.

Le député Vert Alberto Mocchi intervient au Grand Conseil vaudois et décrit une partie des images de l’enquête vidéo aux membres du parlement. Selon lui, les violences observées ne sont pas «des comportements inappropriés» tel que mentionné par Daniel Annen, mais «de la barbarie».

3-7 JUIN 2026 - LA MÉDIATISATION CONTINUE

La Bauern Zeitung, principal hebdomadaire alémanique spécialisé dans le monde agricole, s’empare du sujet et pointe du doigt la responsabilité des exploitants. La Liberté souligne les liens entre cette enquête et la bande dessinée L’Usine du pire, de Pia Shazar et Fanny Vaucher (toutes deux membres de l’Observatoire du spécisme), publiée quelques semaines plus tôt et décrivant les rouages d’une maternité porcine. Blick et Le Courrier reviennent sur la prise de position d’Alberto Mocchi au Grand Conseil vaudois.

9 JUIN 2026 - LE SUJET DEVIENT POLITIQUE

Le député d’Ensemble à Gauche Hadrien Buclin et les Vert·e·s Alberto Mocchi et Valérie Zonca posent chacun·e une question orale adressée au Conseil d’État vaudois lors de la séance en plénière du Grand Conseil. Sont remises en question les mesures et sanctions nécessaires pour empêcher ce type de pratiques de se reproduire ailleurs. Au Conseil national, l'interpellation de Léonore Porchet (Les Vert·e·s), cosignées par d'autres élu·e·s Vert·e·s et Vert'libéraux, questionne le Conseil fédéral sur l’efficacité du cadre législatif actuel et le respect de celui-ci.

10 JUIN 2026 - IDENTIFICATION DES PERSONNES CONCERNÉES

Le Département de l’agriculture, de la durabilité et du numérique (DADN) qualifie les faits de «graves» et annonce que les personnes concernées ont été identifiées.

16 JUIN 2026 - REMISE DE LA PÉTITION

Pour accentuer la pression, l’Observatoire du spécisme remet la pétition au Grand Conseil vaudois, munie de 27’211 signatures récoltées en deux semaines. Cette remise de pétition est largement relayée par les médias: La Liberté, La Télé, Le Courrier, SwissInfo entre autres.

Cosignée par 21 député·e·s issu·e·s des Vert·e·s, des Socialistes, d’Ensemble à Gauche et du POP, et des Vert'libéraux, une interpellation d’Alberto Mocchi questionne la passivité des autorités face aux cas de maltraitance animale dans les élevages, et interroge le Conseil d’État sur le suivi des dénonciations de ce type.

PROCHAINES ÉCHÉANCES: AUTOMNE 2026

  • Audition des parties par la Commission des pétitions du Parlement vaudois.
  • Réponses du Conseil d’État vaudois à l’interpellation d’Alberto Mocchi et du Conseil fédéral à celle de Léonore Porchet.
  1. ^

    Sihvonen, L. et al., 2020. "Welfare of pigs during killing for purposes other than slaughter", EFSA Journal, vol. 18 n° 7, 72 p. (p. 43).